Sorcière depuis toujours : héritage alsacien, transmission vivante et magie incarnée
- LBK creationfeerique
- 4 févr.
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Depuis aussi loin que je me souvienne, le mot sorcière n’a jamais été pour moi un mot chargé de peur.
Il vibrait autrement. Comme un écho familier, profond, presque rassurant. Là où beaucoup n’y voyaient qu’un mythe sombre ou une caricature, moi j’y sentais une vérité ancienne, enracinée, transmise, vivante.
Enfant, je passais des heures à écouter les histoires de mes grands-parents et arrière-grands-parents. Des récits racontés sans livres, mais chargés de silences, de regards appuyés et d’un profond respect. Lors de nos séjours en Alsace, une histoire revenait souvent, presque comme un murmure sacré : celle de trois sorcières enfermées dans un château, torturées pour ce qu’elles étaient et pour ce qu’elles savaient.
On disait que certains soirs, lorsque la nuit tombait et que la forêt se faisait immobile, on pouvait encore entendre leurs rires éclater dans l’obscurité.
Pas des rires maléfiques.
Des rires de femmes libres.
Des rires que ni la peur ni la violence n’ont jamais réussi à faire taire.
Légende ou réalité ?
Pendant longtemps, je n’ai jamais cherché à trancher.
Car au fond de moi, quelque chose savait.
Quand la légende rejoint l’Histoire
En grandissant, j’ai compris que ces récits familiaux s’inscrivaient dans une réalité historique bien documentée.
L’Alsace porte une mémoire lourde de la chasse aux sorcières, l’une des plus marquées de France entre le XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle.
À Bergheim, des dizaines de femmes furent jugées, torturées et brûlées vives. Cette histoire est aujourd’hui conservée et expliquée à la Maison des Sorcières (Haxahus), un lieu ouvert au public où archives et témoignages rappellent ce passé longtemps réduit au silence.
À Rouffach, d’autres femmes connurent le même sort. Là aussi, la mémoire subsiste, transmise par les pierres, les récits et les traditions locales.
Ces femmes n’étaient pas des monstres.
Elles étaient souvent guérisseuses, sages-femmes, cueilleuses, femmes de savoir, proches de la nature, indépendantes, intuitives.
Elles soignaient autrement. Et c’est précisément cela qui faisait peur.

Une mémoire qui m’habite depuis toujours
En découvrant ces faits, quelque chose en moi s’est apaisé.
Comme si mon intuition d’enfant trouvait enfin des racines tangibles.
Je n’ai jamais cessé d’être attirée par la sorcellerie non pas comme une mode, mais comme un chemin naturel. Je me suis instruite, j’ai appris, observé, expérimenté. Et très souvent, j’ai eu cette sensation étrange de ne pas apprendre, mais de me souvenir.
Il m’est arrivé de penser, sans crainte ni rejet :
Dans mes anciennes vies, j’ai peut-être été une sorcière.
Une femme de la terre.
Une guérisseuse.
Une créatrice de rituels et de remèdes.
Une pratique vivante : rituels, plantes, créations et énergie

Aujourd’hui, ma pratique est globale, ancrée et incarnée.
Je crée des rituels, simples ou plus profonds, toujours guidés par l’intention juste et le respect du vivant.
Je confectionne des fioles d’intention, pensées comme des supports énergétiques : chaque ingrédient est choisi avec conscience, chaque geste est posé avec présence, chaque fiole porte une vibration précise.
Je vais à la cueillette de mes plantes et de mes fleurs, en respectant les cycles, les saisons et ce que la nature accepte de donner. Ces plantes deviennent ensuite des baumes artisanaux, préparés avec lenteur, soin et intention, comme on le faisait autrefois.
J’utilise également les huiles essentielles pour créer des synergies, non pas de simples mélanges parfumés, mais de véritables compositions vibratoires, pensées pour accompagner, apaiser et soutenir.
Les soins énergétiques font aussi partie intégrante de mon chemin. Lorsque je pose mes mains, lorsque je canalise, lorsque j’accompagne une personne, je sens ce fil ancien qui relie le passé au présent.
Je n’accompagne jamais dans la toute-puissance, mais dans l’écoute, le respect et l’équilibre comme le faisaient les sorcières d’antan.
La transmission : quand le chemin continue
Un jour, j’ai vu ce chemin se prolonger naturellement.
Ma petite sœur est venue me parler de sorcellerie. Elle m’a montré ses livres, ses lectures, ses questionnements. Sans que je n’aie rien forcé, rien imposé.
À cet instant, j’ai compris :
le chemin ne s’arrête pas à moi.
Voir cette étincelle se réveiller ailleurs m’a donné une envie encore plus forte de partager, transmettre, assumer.
Non pas pour convaincre, mais pour ouvrir.
Non pas pour imposer, mais pour rappeler.

Assumer, être fière, transmettre
Pendant longtemps, ces pratiques ont été mal vues.
Soigner autrement faisait peur.
Ressentir faisait peur.
Créer en lien avec la nature faisait peur.
Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de me cacher.
Je n’ai plus besoin de justifier qui je suis.
J’assume pleinement.
Je suis sorcière verte.
Je pratique une magie douce, consciente, profondément liée à la nature, aux plantes, à l’énergie et à l’intention. Une magie parfois appelée blanche ou verte, mais qui est avant tout une magie de soin, de respect et de transmission.
Je suis fière de cette identité longtemps rejetée.
Fière de marcher dans les pas de celles qui ont été réduites au silence.
Fière de transmettre aujourd’hui à travers mes rituels, mes créations, mes soins et mes mots
une sorcellerie moderne, ancrée et bienveillante.
Une sorcellerie vivante, ici et maintenant
Être sorcière aujourd’hui, ce n’est pas vivre dans le passé.
C’est faire le lien entre les mémoires anciennes et le monde actuel.
C’est honorer ce qui a été, remettre de la lumière là où il y a eu de l’ombre, et redonner au mot sorcière sa véritable essence.
Si ces mots résonnent en toi, si quelque chose vibre à leur lecture, alors peut-être que toi aussi tu portes cette mémoire.
Et peut-être que, comme moi ou comme celles qui viendront après
tu fais déjà partie de cette lignée qui continue.
La sorcière n’a jamais disparu.
Elle se transmet, se transforme… et elle vit encore.



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